Le centre de recherche Douglas a récemment mis sur pied une stratégie numérique qui a permis de créer et d’opérationnaliser plusieurs plateformes de réseaux sociaux spécifiques. Nous avons rencontré Lilian B Guicherd-Callin, PhD, agent de transfert de connaissances, qui a été au cœur de cette réflexion.

Jane
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Fondatrice et consultante, promouvoirlarecherche.com

Le Centre de recherche Douglas a lancé une réflexion entourant le développement d’une stratégie numérique en 2018. Dans quel contexte s’est inscrite cette initiative? Quel a été ton rôle?

Le Centre de recherche Douglas est un site affilié à l’Université McGill et assure la mission de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas (IUSMD). Depuis plusieurs années, l’IUSMD proposait des activités de transfert de connaissances en direction du grand public qui s’appuyait sur l’utilisation des médias, notamment grâce aux présentations Mini Psy diffusées sur Canal savoir et différents blogues sur internet.  Avec la réforme du système de santé en 2016, plusieurs initiatives ont été mises de côté en attendant  de pouvoir les relancer. En 2019, j’ai proposé de relancer les initiatives de communication et de transfert de connaissances pour les activités de recherches en se basant sur l’utilisation des réseaux sociaux. Le point de départ de ma proposition  s’appuie sur un article: It is time to replace publish or perish with get visible or vanish: opportunities where digital and social media can reshape knowledge translation. (Barton et Merroli, 2019). Mon rôle en tant qu’agent de transfert de connaissances a été de concevoir une stratégie pour créer les plateformes de réseaux sociaux spécifiques et opérationnaliser cette proposition. 

Lilian B. Guicherd-Callin, agent de transfert de connaissances

Quels ont été les principaux volets de cette stratégie? 

Un premier élément a été d’identifier les plateformes les plus pertinentes dans une optique de transfert de connaissances (Facebook, Twitter, Instagram, LinkedIn, YouTube, etc.?) et le type de public que l’on voulait rejoindre. Il y a eu dans un deuxième temps, une négociation sur la gestion de ces plateformes. Qui allait les créer, les opérer et les alimenter en contenu? La solution retenue comporte des plateformes spécifiques au centre de recherche gérées par le centre de recherche avec l’aide de l’unité de transfert de connaissance – innovation du Centre intégré universitaire en santé et service sociaux (CIUSSS) de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal. Ainsi,  des comptes Twitter, LinkedIn et YouTube ont été créés durant l’été 2019 pour compléter l’existence du site web du Centre de recherche. Ces plateformes permettent, entre autres, de pouvoir partager des contenus sous forme vidéo, notamment grâce à une chaîne YouTube. 

Quel accueil a reçu cette stratégie de la part des équipes de recherche?

L’accueil a été plutôt positif de la part des équipes de recherche, car c’était un ajout d’outils de communication réservé à la recherche. Cela venait combler un manque qui s’était manifesté suite à la réforme du système de santé et la création des CIUSSS et des centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS). Cela a permis de dynamiser une communauté de recherche qui était déjà existante sur Twitter et de développer de nouveaux réseaux sur des nouvelles plateformes comme LinkedIn et YouTube. 

Parmi les outils développés, il y a la chaîne YouTube, qui héberge une cinquantaine de vidéos. Quel est son objectif?

Quand on a élaboré notre stratégie, l’analyse des types de contenu qui sont consommés sur les réseaux sociaux et qui sont populaires a mis en évidence l’importance de la vidéo. L’arrivée grandissante de contenu vidéo de vulgarisation scientifique  nous a orienté vers le choix de créer la chaîne YouTube. Des chaînes comme L’histoire nous le dira  de Laurent Turcot à l’UQTR ou les vidéos de lOffice for Science and Society de l’Université McGill avec Joe Schwarcz sont des sources d’inspiration. 

Tu me disais avoir testé différents modèles de vidéo. As-tu réussi à identifier les paramètres des formats qui fonctionnent mieux?

La création de produits vidéo a été un grand défi et un grand apprentissage. Nous avons testé plusieurs formats. La production de vidéo nécessite une bonne qualité visuelle et audio, mais aussi une bonne connaissance des sujets à traiter dans la vidéo.Une première question s’est posée: de quoi doit-on parler dans nos vidéos? Nous avons décidé d’explorer un premier format de video abstract, qui résument les articles qui venait d’être publiés, pour assurer la diffusion des résultats.

Rapidement, la nature hautement technique et pointue des articles est devenue un enjeu.  L’expertise du Centre de recherche repose sur des travaux de neuroscience avec des modèles animaux ou humains, de l’imagerie cérébrale,  des études cliniques ou psychosociales en santé mentale avec un regard psychiatrique et psychologique.  La vulgarisation de ce type de travaux nécessite des allers-retours entre les chercheurs et nous pour s’assurer que l’on capte le message principal de leurs articles. La plupart de ces articles sont très techniques et opaques pour des non spécialistes en neurosciences. Il est nécessaire de simplifier le message et de faire valider les vidéos produites par les chercheurs qui ont écrit l’article, ce qui implique une révision par les auteurs. C’est un format très apprécié des chercheurs qui rencontre du succès quand le sujet n’est pas trop pointu et qu’une bonne promotion est opérée sur les réseaux sociaux. Actuellement, les sujets qui ont du succès sont en lien avec le sommeil et la santé mentale chez les jeunes. Les videos abstract sont des formats intéressants, mais qui demandent un investissement conséquent en temps pour les chercheurs.  

Nous avons exploré un format plus thématique, qui fait le tour d’une question en lien avec un sujet de santé mentale. Et là, le processus de création est encore plus long, car il faut posséder une maîtrise minimale du sujet pour créer un message valide et intéressant.  Seul un spécialiste du domaine  peut faire ce type de synthèse. 

Le dernier format de vidéo sont des enregistrements de webinaires présentés en ligne dans le cadre de présentations scientifiques. Ainsi nous avons mis en ligne tous les webinaires du Centre  d’imagerie cérébrale, ce qui représente 24 conférences de 1 heure entre septembre 2020 et juin 2021. Cette série donne la parole à des experts internationaux, mais aussi des étudiants gradués de notre centre. Ce sont des vidéos très pointues qui intéressent une petite communauté d’experts en imagerie cérébrale et qui commence à être populaire, notamment à l’étranger. Ces vidéos nous ont permis de créer une niche  de spectateurs. 

Centre de recherche Douglas, affilié à l’Université McGill

Pourquoi vouloir développer le volet formation au transfert de connaissances des équipes de recherche?

Alimenter une chaîne YouTube avec des contenus vidéos est un travail colossal. Il n’est pas  possible pour une personne seule de réaliser le contenu nécessaire pour intéresser et fidéliser un groupe de spectateurs. Il faut une équipe pour alimenter régulièrement la chaîne et faire revenir les gens. La chaîne YouTube du Centre de recherche Douglas offre aux équipes de recherche un outil qui mutualise les efforts de chaque laboratoire afin de diffuser les résultats de leurs recherches. Cela laisse aux équipes de recherche uniquement la responsabilité de créer leurs contenus, sans gérer toute la structure de promotion des contenus vidéos via les réseaux sociaux. Mais pour créer des produits vidéos qui présentent des résultats de recherche, il faut respecter certaines pratiques pour s’assurer de la qualité de la vidéo et créer l’intérêt du public. Pour cela, nous avons décidé de former nos membres (chercheurs, assistants et étudiants) à réaliser des produits vidéos de transfert de connaissances. Ce projet s’intitule VIVA Mental Health

Douglas est présent sur Twitter et Linkedin. Pourquoi ceux-là? Et pourquoi pas Facebook par exemple? 

Le choix de ces plateformes repose sur un premier principe: communiquer le bon message à la bonne audience, sous le bon format. Twitter est un choix naturel car un grand nombre de nos chercheurs y sont présents et utilisent cette plateforme pour partager leurs travaux. Il y a une vraie communauté d’intérêts qui s’est créée entre les chercheurs du Centre de recherche Douglas et leurs collaborateurs au Canada et à l’international. 

LinkedIn offre la possibilité de rejoindre un public avec plus de professionnels et de gestionnaires du réseau de la santé. Cette plateforme devient un lieu intéressant pour diffuser les nouveaux résultats à une audience moins académique, mais plus clinique. Dans un esprit de développement d’un échange entre la recherche et le milieu clinique, LinkedIn est vraiment intéressant. 

Facebook est une plateforme populaire. Cette plateforme est idéale pour une diffusion “grand public”, mais cela demanderait de créer des contenus encore plus vulgarisés. Gérer une communauté sur Facebook demande aussi un travail important de régulations des commentaires qui nécessitent une importante présence sur la plateforme. Cela demande des ressources en personnel qui ne sont pas à la portée du Centre actuellement.  

Quels conseils donnerais-tu aux équipes de recherche qui souhaitent faire davantage de transfert de connaissances?

Il est important de se former pour comprendre la démarche de transfert de connaissances. En gros, il faut définir quelle est l’audience que l’on cherche à rejoindre, l’objectif que l’on veut atteindre, le médium ou le support à utiliser pour atteindre l’objectif et enfin comment adapter le message que l’on veut faire passer. Si l’utilisation de la vidéo ou des réseaux sociaux  est retenue, il faut développer des savoir-faire spécifiques et posséder une infrastructure matérielle pour produire des contenus de qualité. C’est un énorme défi au niveau d’une équipe de recherche. C’est pourquoi il est intéressant de penser à des stratégies de mutualisation des ressources entre plusieurs équipes.  

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